British Library Additional 38858

This manuscript is from the 15th century and considered to be similar to MS Lille 139. The British Library informs us that »The intrusion of forms like cose, cambre, checy, doucheur, points to a Northern French origin«, and that the manuscript »Belonged, in the 15th cent., to a Franciscan, "Chest a frere Robert Delabbaye Cordelier"«.

Beatrice White transcribed the text in 1931. She made a number of corrections and additions based on MS Lille 139 and Guy Marchant's printed version from 1485 (e.g.: two whole lines, 276 and 341, are missing in this manuscript). These changes are put in square brackets.

White writes some letters in italics to indicate that she has resolved an abbreviation. This detail has not been included in the present document. Follow the external link to read the book.

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Le docteur.

[fol. 2a O creature raisonnable
Qui desire vie eternelle,
Tu as chy dotrine notable
Pour bien finer vie mortelle.
5 Le danse macabre sapelle,
Que chascun a danser aprent,
A home, a femme est naturelle,
Mort nespargne petit ne grant.

Le docteur.

En ce miroir chascun peut lire
10 Qui le conuient ainsy danser,
Cilz est eureux qui bien sy mire,
Le mort le vif fait avancher.
Tu vois les plus grans commencher
Quar il nest nul que mort ne fiere,
15 Cest piteuse chose de y penser,
Tout est forgie dune matere.

Le mort.

Vous qui viues certainnement,
Quoy quil tarde, ainsy danseres,
Mais quant, dieux le scet seulment ;
20 Aduises comment vous feres.
Damp pappe, vous commenceres
Co[m]me le plus digne seigneur,
En [che] point honnoures seres ;
Aus grans maistre est deu lonneur.

Le pappe.

25 Hees, fault il que le danse mainne
Moy premier qui suis dieu en terre ?
Jay eu dignite souuerainne
En lesglise comme saint perre,
Et come aultre mort me vient guerre ;
30 Encorre point morir ne cuidasse,
Mais mort a tous mainne guerre,
Pau vault honnour qui sy tot passe.

Le mort.

Et vous le nonpareil dou monde,
Prince & seigneur, grant emperrerre,
35 Laissier fault le pomme dor ronde,
Armes, ceptre, tymbre, baniere ;
Je ne vous lairay pas dariere,
Vous ne poues plus seignourir,
Jen maine tout, cest ma menniere,
40 Les filz Adam fault tout morir.

Lempereur.

Je ne scay devant qui jappelle
De la mort qui sy me demaine,
Armer me fault de pic, de pel[le],
Et dun linseul, ce mest grant pa[ine]
45 Sur tous ay eu grandeur mondainne
Et morir me fault pour tous gage,
Et quesche de mortel [de]m[ain]e ?
Les grans ne lont pas dauanta[ge].

Le mort.

Vous faictes lesbahy, ce samble,
50 Cardinal, sus legerement !
Sy-vons les autres tretous ensambl[e],
Rien ny vault esbahisment.
Vous aues vescu haultement
Et en honneur a grant deuis,
[fol. 2b     55 Prenes en gre lesbatement,
En grant honneurs se pert laduis.

Le cardinal.

Jay bien cause de mesbahir
Quant je me voy de sy pres pris,
Le mort mest venu envayr,
60 Plus ne vestiray ne vair ne gris ;
Chappiau rouge, cappe de pris
Me fault laissier a grans destresse ;
Je ne lauoye pas apris,
Toute joye fine en tri[s]tresche.

Le mort.

65 Venes, noble roy couronnes,
Renommes de force & de proesse ;
Jadis fustes aduironnes
De grans pompes, de grant noblesse ;
Mais maintenant toute haultesse
70 Laisseres, vous nestes pas seul,
Peu ares de vostre richesse ;
Le plus riche na qun lincheul.

Le roy.

Je nay point apris a danser
A danses & nottes si sauuage ;
75 Helas, on peut veor & penser
Que vault orgueil, forche, lignage.
Mort destruit tout, chest son vsage,
Asytot le grant come le mendre
Qui mains se prise plus est sage ;
80 A la fin fault deu[en]ir cendre.

Le mort.

Patriarche, pour basse chere
Vous ne poez estre quitte ;
Vostre double ✠ quaues chere
Vng aultre ara, ceste equitte.
85 Ne penses plus a dinite,
Ja ne seres pape de Ro[m]me,
Pour rendre compte este cites ;
Fole esperance dechoipt lomme.

Le patriarche.

Byen perchoy que mondains honneurs
90 Mo[n]t deceu, pour dire le voir ;
Mes joyes tournent en doleurs,
Et que vault tant donneur avoir ?
Trop hault monter nest pas sauoir ;
Haulx estas gatent gens sans nombre,
95 Mais peu la veulent parcheuoir,
A hault monter le fais] emcombre.

Le mort.

Chest de mon droit que je vous maine
A la danse, gent connestable
Les plus fors comme Charlemaine
Mort prent, cest cose veritable.
100 Rien ny vault chere espointable
Ne forche ne armures en cest assault,
Dun caup jabas le plus estable,
Riens nest darmes quant mort assau[lt].

Le connestable.

105 Jauoye encore intencion
Dassalir chasteaux & fortresses,
[fol. 3a Et mener a subiecion
En aquerant honneur, richesse ;
Mais je vois que toute proesse
110 Mort ment au bas, cest grant despit ;
Tout luy est vng, doucheur, rudesses ;
Contre la mort na nul respit.

Le mort.

Que vous tires la teste ariere,
Archeuesque ! tires vous pres.
115 Aues vous peur que on ne vous fiere ?
Ne doubtes, vous venres apres.
Nest pas tout jours la mort enpres ?
Tout homme [elle] syu[t] cotte a cotte,
Rendre conuient deste & prest,
120 Vne fois fault compter a loste.

Larceuesque.

Las, je ne scay ou regarder,
Tant suis par mort a grant destroit.
Ou fuyray je pour moy garder ?
Certes qui bien la congnostroit
125 Hors de raison jamais nistroit.
Plus ne gerray en cambre painte,
Morir me conuient, cest le droit ;
Quant faire fault cest grant contrainte.

Le mort.

Vous qui entre les grans barons
[fol. 3b     130 Auez eu renon, cheualer,
Oublies tromppettes, clarons,
Et me suyes sans sommeiller ;
Les dammes solies resueiller
En faisant danser longue piece,
135 A aultre danses fault veiller ;
Ce que lun fait lautre despiece.

Le cheualer.

Or ay je este octorisie
En plusers fais & bien fame,
Des grans & des petis prisies,
140 Auec ce des dammes ames ;
Ne onques ne fus diffame
A la court de seigneur notable,
Mais a ce cop suis tout pasme ;
Desoubz le ciel na riens estable.

Le mort.

145 Tantost nares vaillant ce pic
Des biens du monde & de nature,
Euesque, de vous il est pic
Non ostant vostre prelaturre
Vostre fait gist en aventure,
150 De vos subgies fault rendre compte.
A chascun dieu fera droiture ;
Nest pas asseur qui trop hault monte.

Leuesque.

Le queur ne me peut resioir
Des nouuelles que mort ma-porte,
[fol. 4a     155 Dieu vauldra de trestout auyr,
Cest ce que plus me desconforte
Le monde aussy peu me conforte
Qui tous a la fin desherite,
Il retient tout, nul riens nemporte,
160 Tout se passe fors le merite.

Le mort.

Auanches vous, gent escuier,
Qui scaues de danser le tours ;
Lanches porties & escu hier,
Et huy vous fineres vos jours.
165 Il nest rien qui ne prengne cours ;
Danses & penses de suir,
Vous ne poes auoir secours,
Il nest qui puisse mort fuir.

Lescuier.

Puis que mort me tient en ses las
170 Aumains que je pense vng mot dire,
Adieu deduis, adieu soulas,
Adieu dammes, plus ne puis rire.
Penses de lame qui desire
Repos, ne vous challe plus tant
175 Du corps qui tous les jours empire ;
Tout fault pourir on ne scet quant.

Le mort.

Abbe, venes tost, vous fuyes,
Nayes ja la chere esbahie
[fol. 4b Il conuient que la mort syues,
180 Combien que mout laues haye.
Commandes a dieu labbaye
Que gros & gras vous a nourri ;
Tost pourrires a peu daye ;
Le plus gras est plus tot pourry.

Labbe.

185 De cecy neusse point enuie,
Mais il conuient le pas passer ;
Las, or nayge pas en ma vie
Garde mon ordre sans casser.
Gardes vous de trop embrasser,
190 Vous quy viues au demourant,
Se vous voules bien trespasser
On saduise tart en morant.

Le mort.

Bailly, quy saues quest justice
En hault, en bas, en mainte guise,
195 Pour gou[uer]ner toute police,
Venes tantost a ceste assise ;
Je vous adiourne de mai[n] myse
Pour rendre compte de voz fais
Au grant juge qui tout vng prise ;
200 Vng chascun portera son fais.

[Le baillif.]

[fol. 5a He dieux, vecy dure journee,
De ce cop pas ne me gardoie,
Or est la chance bien tournee ;
Entre juges honneur auoye,
205 Et mort fait raualer ma joye
Qui ma adiourne sans rappel ;
Je ny voy plus ne tour ne voye ;
Contre la mort na point dappel.

Le mort.

Maistre, pour vostre regarder
210 En hault ne pour vostre clergie,
Ne poes la mort retarder ;
Cy ne vault riens astrologie.
Toute la genealogie
Daddam qui fut le premier homme
215 Mort prent, ce dist theologie ;
Tous fault morir pour vne pome.

Lastrologien.

Pour science ne pour degres
Ne puis auoir prouision,
Car maintenant tous mes regres
220 Sont morir a confusion.
Pour finable conclusion
Je ne scay riens que plus descriue,
Je pers cy toute aduision,
Qui vo[ul]dra bien morir bien viue.

Le mort.

[fol. 5b     225 Bourgois, hastes vous sans tarder,
Vous naues ne auoir ne richesse
Qui vous puissent de mort garder ;
Se des biens dont eustes largesse
Aues bien vse, cest sagesse.
230 Dautruy vient tout, en autruy passe ;
Fol est qui damasser se bleche,
On ne scet pour qui on amasse.

Le bourgois.

Grant mal me fait sy tost laissier
Réntes, maisons, [c]ens, nourture ;
235 Mais poures, riches, abaissie[r]
Tu fais, telle est ta nature.
Sage nest pas la creature
Damer trop les biens qui demeurent
Au monde, et sont siens de droiture;
240 Cheulx qui plus ont plus enuis meurent.

Le mort.

Sire chanoine prebendes,
Plus nares destribucion
Ne gros, ne vous y attendes ;
Prenes cy consolacion ;
[fol. 6a     245 Pour toute retribucion
Morir vous conuient sans demeure,
Ja ny aures dilacion,
La mort vient quon ne garde leure.

Le chanoine.

Checy g[ue]res ne me conforte,
250 Prebendes fus en mainte eglise,
Or est la mort plus que moy forte
Qui tout enmainne, [c]est sa guise.
Blanc seurplis & aumuce grise
Me fault laissier & a mort rendre.
255 Que vault gloire sy tost bas mise ?
A bien morir doibt chascum tendre.

Le mort.

Marchant, regardes par decha.
Pluseurs pais aues cherquie
A piet, a cheual, de piecha ;
260 Vous nen seres plus empesche,
Vechy vostre darrain marchie ;
Il conuient que par chy passes,
De tout soing seres despechie ;
Tel conuoite qui a asses.

Le marchant.

[fol. 6b     265 Jay este amont et aual
Pour marchander ou je pouoye,
Par lonc tamps a pie, a cheual,
Mais maintenant pers toute joye ;
De tout mon pouoir acqueroye,
Or aige asses, mort me contraint,
270 Bon fait aler moienne voye ;
Qui trop embrasse peu estraint.

Le mort.

Ales, marchant, sans plus rester,
Ne faictes ja cy resistence,
275 Vous ny poues riens conquester.
[Vous aussy homme dabstinence]
Chartreux, prenez empascience,
De plus viure naies memoire,
Faittes vous valoir a la danse ;
280 Sur tout homme mort a victoire.

Le chartreux.

Je suis au monde piecha mort,
Par quoy de viure ay moins enuie,
Ja soit que tout home craint mort
Puis que la char est assouuie.
285 Plaise a dieu que lame rauie
Soit es chieus apres mon trespas ;
Chest tout nient de ceste vie,
Tel est huy qui demain nest pas.

Le mort.

[fol. 7a Sergent qui porties celle mache,
290 Il samble que vous rebelles ;
Pour nient faictes la grimache,
Se on vous grieue sy appelles.
Vous estes de mort appelles,
Qui ly rebelle il se dechoipt,
295 Les plus fors sont tost rauales,
Il nest sy fo[rt] quainsy fort ne soit.

Le sergent.

Moy qui suis royal officier,
Coment mose la mort frapper ?
Je faisoye mon office hier,
300 Et elle me vient huy happer.
Je ne scay quel part eschapper,
Je suis pris decha & dela,
Malgre moy me laisse atrapper ;
Enuis meurt qui apris ne la.

Le mort.

305 Ha maistre, par chy passeres,
Nayes ja so[i]ng de vous deffendre,
Plus homme nespouenteres.
Apres, moenne, sans plus actendre !
Ou penses vous cy fault entendre ?
[fol. 7b     310 Tantost aures la bouche close ;
Homme nest fors que vent & chendre,
Vie domme est peu de chose.

Le moine.

Jamasse myeulx encore estre
En cloistre & faire mon seruice,
315 Chest vng lieu deuost & bel estre ;
Or aige comme fol & niche
Ou tamps passe commis maint vice,
De quoy nay pas fait penitance
Soufissant, dieu me soit propice !
320 Chascun nest pas joyeux qui danse.

Le mort.

Vserier de sens desrieugle,
Venes tost & me regardes.
Dusure est[es] tout auugle
Que dargent gaingnier tout ardes ;
325 Mais vous en seres bien lardes,
Car se dieu qui est meruillieux
Na pite de vous, tout [perdez] ;
A tout perdre est ly caus perillex.

Luserier.

Me conuient il sy tot morir ?
330 Che mest grant painne & grant grauanche,
[fol. 8a Et ne me pourroient secourir
Mon or, mon argent, me cheuanche.
Je vois morir, la mort mauanche,
Mais il men desplait some toute.
335 Quesche que de male acoustumanche ?
Tel a biaux yeux qui ne voit goutte.

Lomme qui empru[n]te.

Vsure est tant maluais pechie,
Come chascun dist & raconte,
Et chest homme qui appro[c]hie
340 Se sent de la mort nen tient conte ;
[Meismes langent que ma main compte]
Encore a vsure me preste,
Il deura de retour au compte ;
Nest pas quicte qui doit de reste.

Le mort.

345 Medecin, a tout vostre orine
Vees vous ycy quamender ;
Jadis sceute de medecine
Asses pour pooir commander ;
Or vous vient la mort demander,
350 Come aultre vous conuient morir,
Vous ny poez contremander ;
Bon mire est qui se scet guerir.

Le medecin.

Long tamps a quen lart de phisique
Jay mis toute mon estudie,
355 Jauoie science et pratique
[fol. 8b Pour guerir mainte maladie ;
Je ne scay que je contredie,
Plus ny vault herbe ne racine,
Naudtre remede, quoi con die,
360 Contre la mo[rt] na medecine.

Le mort.

Gentil amoureux jeune & frique,
Qui vous cuidies de grant valour,
Vous este pris, la mort vous pique,
Le monde laires en dolour ;
365 Trop laues ame, chest foleur,
Et a morir peu regarde ;
Ja tost vous changeres couleur ;
Beaute nest quimage farde.

Lamoureux.

Helas, or ny a il secours
370 Contre mort, adieu amourettes.
Moult tost va jeunesse a decours.
Adieu chappiaux, bogues, fleurettes,
Adieu amans et puchelettes.
Souuiengne vous de moy souuent,
375 Et vous mires, se sages estes ;
Petite pluye abat grant vent.

Le mort.

Aduocat, sans long proces faire,
Venes vostre cause plaidoyer.
[fol. 9a Bien aues sceu les gens atraire
380 De piecha, non pas dui ne dier.
Conseil cy ne vous peut aidier,
Au grant juge vous fault venir,
Sauoir le deues sans cuidier ;
Bon fait justice preuenir.

Laduocat.

385 Cest bien raison que droit se fache,
Ne je ny scay mettre deffence,
Cont[r]e mort na respit ne grace,
Nul napelle de sa sentensse ;
Jay eu de lautruy, quant jy pense,
390 De quoy je doubte estre repris,
A craindre est ly jour de vengance ;
Dieu rendra tout a juste pris.

Le mort.

Menestrel qui danses & nottes
Saues, et aues biau maintien
395 Pour faire resjoyr sos & sottes,
Quen dittes vous ? alons nous bien ?
Monstrer vous fault, puis que vous tien,
Aux aultre cy [vn] tour de dansse
Le contredire ny vault riens,
400 Maistre doibt monstrer sa science.

Le menestrel.

[fol. 9b De danser ainsy neusse cure,
Certes tres enuis je men melle,
Car de mort nest paine plus dure ;
Jay milz soubz le banc ma uiele,
405 Plus ne corneray sotterelle
Nautre danse, mort me retient,
Il me fault obeyr a elle ;
Tel danse a quy au cuer nen tient.

Le mort.

Passes auant, cure, sans plus songier,
410 Je sens queste habandonnes,
Le vif, le mort, solies mengier,
Mais vous seres aux vers donne ;
Vous fustes jadis ordonne
Miroir daultruy et exemplaire,
415 De vos fais seres guerdonne ;
A toute painne est deu solaire.

Le cure.

Veuille ou non il fault que me rende,
Il nest homme que mort nassaille,
Hee ! de mes paroissiens offrende
420 Nauray jamais ne funeralle ;
Deuant le juge fault que je aille
Rendre compte, las doloireux
[fol. 10a
Or aige grant peur que ne faille ;
Qui dieu quicte bien est eureux.

Le mort.

425 Laboureux qui en soi[n]g et painne
Aues vescu tout vostre tamps,
Morir fault, cest chose chertainne,
Reculer ny vault ne co[ntens].
De mort deues estre contens,
430 Quar de grant soing vous deliure ;
Approchies vous, je vous attens ;
Fol est qui cuide tous jours viure.

Le laboureur.

La mort ay souhaidie souuent,
Mais volentiers je le fuisse,
435 Jamasse mieux, fist pluye ou vent,
Estre es vigne[s] ou je fouisse ;
Encore plus grant plaissir y prise
Car je pers dauis tous propos ;
Or nest il qui de ce pas ysse,
440 Au monde na point de repos.

Le mort.

Faictes voye, vous aues tort,
Laboureux.   Apres, cordeillier.
Souuent aues preschet de mort,
Sy vous deues m[oins] merueiller.
445 Ja ne sen fault esmay ballier,
Il nest sy fort que mort narreste,
[fol. 10b Sy fait bon a morir veillier,
A toute heure la mort est preste.

Le cordeillier.

Quesche de viure en ce monde ?
450 Nul homme a seurete ny demeure,
Toute vanite y habonde,
Puis vient la mort qua tous court seure.
Mendissite point ne maseure,
Des meffais fault paier ladmende,
455 En petite heure dieu labeure,
Sage est le pecheur qui samende.

Le mort.

Petit enfant nagaires ne,
Au monde aura peu de plaisance,
A la danse sera mene
460 Comme aultre, quar mort a puisance
Sur tous, du jour de la naissance
Conuient chascun a mort offrir ;
Fol est qui nen a congnoiss[ance],
Qui plus vit plus a a souffrir.

Le petit enfant.

465 A, A, A, je ne scay parler,
Enfans suis, jay la langue mue,
[fol. 11a Hier nasquis & huy men fault aler,
Je ne fais quentree et issue,
Riens nay meffait mais de paour sue,
470 Prendre en gre me fault, cest le myeulx,
Lordonnance dieu ne se mue,
Aussy tot meurt jeune que vielx.

Le mort.

Cuidies vous de mort eschaper,
Clerc esperdus pour reculer ?
475 Il ne sen fault ja deffripper.
Tel cuide souuent hault aller
Quon voit a coup tost raualer.
Prenes en gre, alons emsenble,
Car riens ny vault le reculer;
480 Dieu punist tout quant bon ly samble.

Le clerc.

Fault il que vng jeune clerc seruant
Qui en seruice prent plaisir,
Pour cuidier venir en auant,
Meure sy tot ? chest desplaisir.
485 Je suis quicte de plus choisir
Aultre estas, il fault quainsy danse,
La mort ma pris a son loisir ;
Moult remaint de ce que fol pense.

Le mort.

[fol. 11b Clerc, point ne fault faire refus
490 De danser, faictes vous valoir.
Vous nest[es] pas seul, leue sus !
Pour tant moins vous en doit chaloir.
Venes apres, chest mon voloir,
Homme nour[ri] en hermitage,
495 Ja ne vous en conuient doloir,
Vie nest pas seur he[ri]tage.

Lermite.

Pour vie dure ou solitaire
Mort ne donne de viure espasse ;
Chascun le voit, sy sen fault taire ;
Or requier dieu quun don me fache,
500 Chest que tous mes peches effache.
Bien suis contens de tous ses biens
Desquelz jay vse de sa grace ;
Qui na souffisance il na riens.

Le mort.

505 Chest bien dit, ainsy doit on dire.
Il nest qui soit de mort deliure ;
Qui mal vist, il aura du pire,
Sy pense chascun de bien viure.
Dieu poisera tout a la liure,
510 Bon y fait penser soir & main,
Meilleur science na en liure,
Il nest qui ait point de demain.

Le roys mort qui gis envers.

[fol. 12a Vous qui en cheste pourtraiture
Vees denser estas diuers,
515 Penses quest humaine nature,
Ce nest fors que viande a vers.
Je le monstre qui gis envers,
Sy aige este rois couronnes,
Telz soyes vous, bons & peruers,
520 Tous estas sont aus vers donnes.

Le docteur.

Rien nest domme, qui bien y pense,
Chest tout vent, chose transitoire,
Chascun le voit par ceste danse ;
Pour ce vous qui vees listoire
525 Retenes le bien en memoire,
Car homme & femme elle amonneste
Dauoir de paradis la gloire ;
Eureux est qui es chiex fait fieste.

Mais aucuns sont a qui nen chaut,
530 Come sil [ne] fut paradis
Nenfer, elas, il aront chaut.
Les liure[s] que firent jadis
Les sains, le monstrent en biau dis.
Acquites vous qui cy passes
535 Et faictes du bien ; plus nen dis,
Bien fait vault moult au trespasses.

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Footnotes:

Line 75: The manuscript says, »ont«.
Line 159: The manuscript says, »nemperorte«.
Line 188: The manuscript says, »garder«.
Line 239: The manuscript says, »est«.
Line 264: The manuscript says, »quil«.
Line 366: The manuscript says, »regarder«.

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